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  • Amandine Nana

L'Anachronie de Benjamin Maty Biayenda.


Gouache sur Papier. Benjamin Maty Biayenda. theMatter Dak'Art OFF2018.


anachronie n.m (néologisme) :

« Une anachronie, c'est un mot, un événement, une séquence signifiante sortis de «leur» temps, doués du même coup de la capacité de définir des aiguillages temporels inédits, d'assurer le saut ou la connexion d'une ligne de temporalité à une autre »

Jacque Rancière, le concept d’anachronisme et la vérité de l’historien.


L’exposition propose de créer dans cet espace qui nous est donné une traversée au sein d’une anachronie, celle de l’œuvre en chemin de Benjamin Biayenda, jeune artiste pluridisciplinaire qui à travers différents médiums tels que la peinture, la vidéo, la performance, l’installation, la photographie et les médias mixtes manie le Si pour mieux questionner le et penser le Vers commun. En chemin, car Benjamin Biayenda de manière autodidacte a développé depuis son adolescence une pratique artistique sous le signe de la recherche. Recherche existentielle, identitaire, artistique qui se poursuit aujourd’hui et continuera demain. Une recherche individuelle mais qui ne se pense jamais autonome et inclue toujours la relation à autrui dans son développement et ses questionnements.


Que signifie traverser l’anachronie ? Etre passéiste en se réclamant anachronique, fuir dans un temps autre le présent ? Au contraire, c’est poser un regard critique sur le présent, mais être plein d’espoir et d’attente envers un futur qui puisse venir réaliser toutes les potentialités qui étaient déjà nichées dans le passé.

Les œuvres de Benjamin Biayenda explorent de manière ludique mais résolument politique et souvent même avec une certaine ironie la mise en relation de ces différentes temporalités. Il en vient à interroger plus spécifiquement l’intrication d’une histoire coloniale et du développement d’une histoire de l’art occidentale, et le rôle un rôle qu’elle a joué dans la mise en place de représentations qu’il faut aujourd’hui décoloniser afin de dépasser et surtout réinventer.

L’exposition offre un parcours en trois temps. En recherche met l’accent sur les tentatives de création de nouvelles narrations anthropologiques qui font rencontrer des bords géographiques. Ces travaux soulignent un souci chez l’artiste d’entrelacer réflexions esthétiques et historiques. En recherche débouche ensuite sur un Lieu à soi/Nous où l’artiste affirme déjà une esthétique qui lui est propre et qui résulte de l’étape précédente. On voit s’affirmer un attrait pour la représentation des jeunes figures féminines afrodescendantes seules, affichant un air introspectif. Elles réclament la nécessité d’un lieu à soi afin de pouvoir ensuite entrer en relation avec autrui. La sororité tient une place importante dans cette réflexion sur une relation à autrui qui puisse non aliéner mais aider les femmes à mieux affirmer leurs singularités et droit à exister pleinement et en dehors des injonctions du regard patriarcal.

Transmissions, la dernière étape du parcours montre une préoccupation pour essayer de prévenir l’oubli, en faisant ressurgir des souvenirs familiaux d’une mémoire qui lutte contre ce processus irréversible, ou en cherchant par le biais de la performance à accepter de se confronter à l’impossibilité d’une transmission authentique de gestes et rites qui du même coup permet de chercher à extraire leur essence qui puisse toujours avoir du sens aujourd’hui. La problématique de la transmission est transversale chez l’artiste, il traite ainsi des normes binaires et plus particulièrement des rôles genrés dans la vie sociale. Dans un jeu des images, se construire entre enveloppe corporelle et fragments culturels.

Et l’exposition se conclue sur une réflexion sur l’interprétation des traces matérielles à travers l’exemple du cauri, élément minéral qui renvoie à une histoire commerciale liée à la colonisation tout en demeurant un symbole de la fécondité. Que faire de ces héritages multiples et souvent contradictoires ?


Anachronie est donc une traversée de possibles, et une invitation à construire des utopies promises à déborder dans la réalité, si on se résout à les défendre.


Dans cette traversée, un être l’accompagne, l’exposition s’est pensée comme un dialogue entre l’artiste plasticien et elle curatrice, mais avant tout poétesse qui recherche le Vers dans le verbe projeté dans l’espace. Elle l’accompagne de poèmes, de mots qui viennent coïncider avec l’œuvre plastique, non expliquer mais coïncider, faire de cette traversée une traversée poétique.


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